Je discutais hier avec un ami qui suit comme moi le blog Singularity Hub,
nous parlions d’économie, des crises et de l’accélération des
transactions quand il a lâché, comme ça, « on a peut-être atteint la
singularité financière ».
Petit rappel pour ceux qui ne sont pas familier avec la singularité.
Cette idée représente le moment à partir duquel les développements
technologiques seront si importants et si rapide qu’il deviendra
totalement impossible de faire des prédictions sur l’avenir. Qui aurait
prévu il y a 10 ans seulement qu’Amazon, une petite librairie en ligne
allait lancer une tablette tactile donnant accès à plus de 18 millions
de titres (vidéo, musique et livres) pour aussi peu de 199$?
Mais revenons à nos moutons. Sommes-nous dans une situation de
singularité économique? Les transactions et les principaux acteurs
sont-ils devenus si gros que l’on ne peut plus rien prévoir?
Pour avoir une idée de ce qui se passe, je vous propose une valse des
milliards. Des budgets, des chiffres d’affaires, des transactions comme
autant d’élément à comparer pour avoir une image mentale, autant que
possible, représentative de la réalité actuelle.
Alors, revenu moyen des ménages au Canada 78 500$. Ça c’est facile à
imaginer. Le gros-lot de Loto-max est de 40 millions. 40 fois 1 million
et 1 000 000, c’est déjà plus de 12 fois 78 500$ alors 40 millions c’est
480 fois le revenu moyen des ménages canadien!
Or le budget d’une petite ville de 186 000 habitants comme Sherbrooke
c’est 233 millions de dollars – on est à 2 796 fois le revenu moyen des
ménages canadiens. Continuons. Avec le budget de la ville de Montréal
on passe aux milliards, 4.5 milliards en 2011 soit près de 20 fois le
budget de la ville de Sherbrooke.
Déjà ça commence à être flou. 4.5 milliards de dollars par an, 4 500 000
000. C’est de l’ordre de la population mondiale qui atteint ces
jours-ci 7 milliards. Pour amasser 4.5 milliards de dollars, le ménage
moyen canadien devra travailler plus de 57 000 ans!
Passons au niveau suivant : Le budget du Québec, 66 milliards près de 15
fois le budget de la ville de Montréal. Soit dit en passant les revenus
prévus était de 62.2 milliards pour un déficit de 6%. Le budget du
Canada? 276 milliards. Celui des États-Unis? 3 456 milliards pour des
revenus de 2 162 milliards et un déficit abyssal de 37.5%!
Mais nous allons un peu vite. Qu’en est-il du privé? Quel est le chiffre
d’affaire de Bombardier par exemple? 9.8 milliards en 2009. Air Canada?
11 milliards en 2008. Mais bon c’est de la petite bière Wal-Mart,
première dans les revenus au monde, a publié un chiffre d’affaire de 405
milliards de dollars en 2010 – de quoi faire tourner la ville de
Montréal pendant 90 ans!
Donc, Wal-Mart administre plus d’argent que le gouvernement Canadien.
Ses décisions ont des effets directs sur plus d’un millions de
travailleur et sur plusieurs millions de façon indirecte. Qu’en est-il
des grands fonds mutuels – des fonds qui ne l’oublions pas servent
principalement à financer de façon directe ou indirecte les grandes
entreprises? Ils représentent donc un petite partie de ce que Wal-Mart
dépense dans une année, mais sont au cœur de sa capacité à emprunté ou à
éponger des dettes. Et bien, les 10 plus grands fonds mutuels avaient
des actifs combinés de 797 milliards en 2011. Leur transaction
concernent donc largement plus de gens que celle de Wal-Mart – on parle
ici de dizaines de millions d’investisseurs et aussi de dizaines de
millions d’emplois liés à ces investissement. Le poids de ces
investisseurs est donc très important.
Les bourses où se transigent des actions d’entreprises jouent également
un rôle très important. Les transactions qui y sont faites touchent
encore plus de travailleurs et peuvent même donner le ton à l’économie
globale. La capitalisation boursière (la valeur réelle des titres
échangés) de la bourse de New York, la plus importante au monde est de
11 838 milliards, soit plus de 1 200 fois le chiffre d’affaire de
Bombardier qui lui représente 124 000 fois le revenu moyen des ménages
canadien – la seule bourse de New York représente donc 148 millions de
ménages canadiens!
L’ensemble des 10 plus grandes places boursières au monde ont un poids
en capitalisation de 33 309 milliards de dollars et elles ont une
influence qui s’étend à l’ensemble des entreprises de la planète et des
humains sur la terre.
Continuons avec quelques petits chiffres révélateurs. Les
investissements outremer des 10 premiers pays investisseur : 13 591
milliards. La dette externe des 15 premiers « pays », y incluant les
États-Unis et l’Union Européenne : 35 255 milliards de dollars,
l’ensemble des divers pays de la planète doivent donc aux banques et à
d’autres pays plus que la valeur totale des entreprises coté en bourse
dans les dix plus grandes places boursières de la planète!
D’accord, la planète se doit plus que la valeur des entreprises.
Doit-elle plus que son propre PIB? Non, le PIB planétaire est évalué à
65 610 milliards. C’est donc dire que les dettes externes des plus
grands pays s’élève à plus de 50% du PIB mondiale! Et, le chiffre
d’affaire de Wal-Mart représente 0.6% du PIB de la planète…
Reste les transactions à évaluer. C’est là que ça devient fou. Le volume
de transaction inter-monétaire, communément appelé Forex (pour Foreing
Exchange) qui représente les échanges de devises entre pays, entreprises
et individus, les swap (échange de devise en factures) et les dépôts à
terme en devise étrangère s’élève à 3 210 milliards de dollars par jours
!!
Ces échanges s’élèvent donc annuellement à environ 1 million 107 mille
450 milliards de dollars. Je vous l’écris pour le plaisir : 1 107 450
000 000 000 $ Soit plus de 16 fois le PIB planétaire! Si on inclut
toutes les transactions financières, forex, bourses, etc. le total
s’élève à 2.2 millions de milliards par an!
Bien sûr pour plusieurs tout ça c’est normal, c’est l’économie en
mouvement. Et, oui, les montants sont gigantesque, astronomique, mais il
y a une multitude d’acteur et donc le marché ou du moins l’idée du
marché est intacte. Mais je n’y crois qu’à moitié. Nous n’en sommes
peut-être pas à la singularité, mais le poids des transactions, les
montants impliqués, la portée de toutes ces transactions et surtout le
fait que tout cela soit automatisé et que malgré la multitude d’acteurs
certains de par leur décision peuvent déclencher des réactions en chaine
me laisse croire qu’un moment de singularité n’est pas à exclure
totalement.
.jpm
p.s. Je n’ai mis aucune référence, c’eut été trop lourd, mais la plus
part de mes chiffres proviennent de page Wikipédia, du CIA Worldfact
Book et de sites gouvernementaux.
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